Chronologie de l'histoire du vin : du Caucase à nos jours
Cette chronologie de l'histoire du vin suit les étapes, des jarres néolithiques du Caucase jusqu'au vignoble suisse actuel. Elle passe par les échanges de l'Antiquité, les monastères médiévaux, les bulles de Champagne, les crises du XIXe siècle et la recherche contemporaine. Elle distingue aussi ce que prouvent les découvertes archéologiques de ce qu'elles laissent ouvert.
Où et quand apparaissent les premières traces de vin ?
Les plus anciennes traces chimiques de vin proviennent d'une région située entre la mer Noire et la mer Caspienne. Elles remontent au VIe millénaire av. J.-C. Ces vestiges indiquent où chercher les origines du vin, mais ils ne permettent pas de dater le tout premier vin.

Les découvertes du Caucase à l’Arménie
Vers 6000–5800 av. J.-C., des archéologues ont identifié des résidus liés au raisin et au vin dans des jarres de l'actuelle Géorgie, dans le Caucase. L'étude publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences les présente comme les plus anciennes preuves biomoléculaires convaincantes de vin de raisin dans ce contexte.
Plus au sud, à Hajji Firuz Tepe, dans l'actuel Iran, des jarres datées de 5400–5000 av. J.-C. ont livré des indices chimiques compatibles avec un produit fermenté à base de raisin et avec une résine végétale. On ignore encore à quoi servait cette résine. Vers 4100–4000 av. J.-C., la grotte d'Areni-1, en Arménie, réunit des installations de foulage, des récipients et des restes de raisin. Ce site a été soumis à la liste indicative de l'UNESCO le 6 mars 2026, mais il n'est pas inscrit au patrimoine mondial.
| Période | Site | Ce que révèlent les vestiges |
| Vers 6000–5800 av. J.-C. | Sites de l'actuelle Géorgie | Résidus de raisin et de vin dans des jarres |
| Vers 5400–5000 av. J.-C. | Hajji Firuz Tepe (Iran) | Indices d'un produit fermenté de raisin et d'une résine végétale |
| Vers 4100–4000 av. J.-C. | Areni-1 (Arménie) | Foulage, récipients et restes de raisin : une vinification organisée |
Ce que les vestiges permettent d’affirmer
Dans l'histoire du vin, la plus ancienne trace conservée ne correspond pas forcément à la première fermentation. Des récipients en matériaux périssables ont pu disparaître. Quant aux résidus trouvés dans une jarre, ils ne révèlent ni la recette ni le goût de la boisson. Les lacunes sont donc nombreuses dans l'histoire de la vigne et du vin.
Le vin liquide le plus ancien a été découvert bien plus tard. Selon l'étude qui l'a analysé, il s'agit d'un vin blanc romain du Ier siècle apr. J.-C., retrouvé dans une urne funéraire à Carmona, en Espagne. Avec le temps, il a pris une teinte rougeâtre. À Spire, en Allemagne, une bouteille romaine datée d'environ 325–350 apr. J.-C. contient elle aussi un liquide attribué au vin. Il s'agit d'une pièce de musée : son âge ne la rend pas buvable pour autant.
La tradition géorgienne du qvevri
La Géorgie a conservé une méthode inscrite au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO : le qvevri. Cette jarre en terre cuite est enterrée jusqu'au col. Le vin y fermente, y vieillit et s'y conserve. Le jus macère avec les peaux et les pépins, ce qui peut notamment donner un vin orange.
Le pays compte plus de 525 cépages locaux répertoriés. Le saperavi est un cépage rouge. Le rkatsiteli, le mtsvane et le kisi sont des cépages blancs, vinifiés avec ou sans macération selon les choix du vigneron.
Nous sélectionnons nos vins géorgiens selon leur traçabilité, leur qualité et leur représentativité des régions et des cépages majeurs. Notre sélection de vins géorgiens en qvevri réunit des cuvées élaborées selon la méthode ancestrale et d'autres issues de démarches contemporaines qui la respectent.
Comment le vin se diffuse-t-il dans l’Antiquité ?
Pendant l'Antiquité, le vin s'étend de l'Égypte au monde égéen, puis à toute la Méditerranée. Rome le fait ensuite remonter jusqu'au nord des Alpes. À chaque étape, les techniques progressent et le vin prend une place plus importante dans les échanges et les rites.

De l’Égypte au monde égéen
Vers 3000 av. J.-C., des représentations égyptiennes montrent les étapes de la production du vin :
- Vendange : la récolte des grappes.
- Foulage : les raisins sont écrasés pour libérer le jus.
- Remplissage : le vin est versé dans des récipients.
- Usages : la boisson est notamment associée aux élites et aux rites.
Au IIe millénaire av. J.-C., la culture de la vigne gagne le monde égéen. Les installations de pressurage et les récipients retrouvés montrent une production qui ne se limite plus à la consommation domestique.
La Grèce et les réseaux méditerranéens
En Grèce antique, Dionysos est le dieu du vin. Le vin est servi lors des banquets et des cérémonies. Selon les sources, on le mélange généralement à de l'eau pendant les symposiums. La navigation facilite le transport du vin, de ses contenants et des savoir-faire d'une île à l'autre.
Du VIe au Ier siècle av. J.-C., Étrusques, Phéniciens, Grecs et d'autres peuples participent au commerce du vin en Méditerranée. Les amphores servent de témoins : leur forme et leurs inscriptions peuvent parfois aider à identifier leur origine, et leurs résidus révèlent dans certains cas leur contenu.
Rome étend la viticulture jusqu’en Suisse
Les Romains étendent les vignobles à travers l'Europe. Leurs textes agricoles décrivent la conduite de la vigne, la récolte, le pressurage et la fermentation. Caton l'Ancien y décrit un pressoir à levier. Le vin romain fermente en cuves ou dans de grandes jarres en terre cuite, puis il voyage en amphores. La production va des vins courants aux vins réservés aux élites.
En 2024, une fouille menée dans la villa romaine d'Aiano, en Toscane, a mis au jour un cellier du IVe siècle. Il contenait une trentaine de grandes jarres enterrées et deux bassins de décantation. Au total, les chercheurs estiment qu'il comptait au moins une cinquantaine de contenants. La vigne est aussi cultivée en Suisse à l'époque romaine. Swiss Wine retient l'an 58 av. J.-C. comme repère lié à la conquête, sans en faire le début de la viticulture locale.
Quels jalons marquent le vin jusqu’au XIXe siècle ?
Après la chute de Rome, la vigne se maintient sous la conduite des monastères et des marchands. Elle gagne ensuite de nouveaux continents, puis doit faire face à des crises qui transforment les méthodes de plantation.
Monastères et commerce au Moyen Âge
Au Moyen Âge, la viticulture se poursuit sous des formes variées. Fondée en 515, l'abbaye de Saint-Maurice, en Valais, sert de repère dans l'histoire monastique de la région. En 765, le testament de l'évêque Tello de Coire mentionne des vignes près de Sagogn : c'est une trace écrite, pas la date de naissance du vignoble grison. En 1141, l'abbaye cistercienne de Hautcrêt reçoit des terres de l'évêque de Lausanne. Au XIIe siècle, ses moines développent la vigne à Lavaux. Le mariage d'Aliénor d'Aquitaine et d'Henri Plantagenêt, en 1152, unit l'Angleterre et la Gascogne. Ses effets sur l'exportation du vin de Bordeaux vers l'Angleterre se font surtout sentir au XIIIe siècle.
Nouveaux vignobles et essor des effervescents
À partir de la Renaissance, les Européens introduisent la vigne dans les Amériques. Des vignobles se développent ensuite en Amérique du Sud, en Afrique du Sud et en Australie, surtout à partir du XVIIe siècle. Pendant ce temps, la Champagne apprend à maîtriser les bulles :
- 1670–1720 : la production volontaire de vins effervescents se développe en Champagne.
- 1685 : l'usage du bouchon de liège y est mentionné.
- Vers 1770 : une bouteille plus épaisse apparaît, mieux adaptée à la pression.
La Suisse suit de près ce mouvement. En 1811, les frères Bouvier commencent à produire des vins mousseux à Neuchâtel. C'est un jalon de l'histoire suisse des effervescents.
Les crises du vignoble au XIXe siècle
À partir des années 1860, le phylloxéra ravage les vignes européennes. Cet insecte venu d'Amérique du Nord s'attaque aux racines des vignes sensibles. Selon Swiss Wine, il est repéré dans le sud de la France vers 1863, puis atteint Genève vers 1871.
La réponse vient du même continent que le ravageur : on greffe les cépages européens sur des porte-greffes résistants, issus de vignes américaines. Ce greffage devient une solution essentielle.
Le mildiou est une autre menace, distincte du phylloxéra : cette maladie attaque les parties vertes de la vigne. À la fin du XIXe siècle, la région zurichoise comptait plus de 20 000 viticulteurs, selon Swiss Wine. Ils exploitaient environ 5 600 hectares, une surface bien plus réduite aujourd'hui.
Comment évolue le vignoble depuis le XXe siècle ?
Au XXe siècle, la science s'installe dans les vignes et dans les caves. De nouveaux cépages apparaissent, les appellations se structurent et la génétique permet de mieux comprendre l'histoire de la vigne.

Recherche, sélection et nouvelles pratiques
La recherche transforme la culture de la vigne avec la sélection végétale et la protection des cultures. En cave, elle permet de maîtriser la température de fermentation, de contrôler l'oxygène et d'améliorer l'hygiène des équipements. Plusieurs jalons illustrent ces avancées, dont deux cépages suisses :
- Gamaret : en 1970, André Jaquinet réalise à Changins le croisement dont est issu ce cépage.
- Divico : présenté par Agroscope en 2013, ce cépage rouge a été sélectionné pour sa forte résistance au mildiou, à l'oïdium et à la pourriture grise.
- Génétique : une étude publiée en 2026 a séquencé 49 pépins archéologiques couvrant environ 4 000 ans.
Dans l'échantillon de cette étude, les premières ascendances de vignes domestiquées apparaissent vers 625–500 av. J.-C. Un pépin médiéval trouvé à Valenciennes est génétiquement identique au pinot noir moderne étudié.
Les régions et cépages de la Suisse actuelle
Swiss Wine présente un vignoble suisse de 14 569 hectares, répartis entre six régions viticoles : le Valais, Vaud, Genève, les Trois-Lacs, le Tessin et la Suisse alémanique. L'organisme recense 252 cépages. Le Valais représente près d'un tiers de cette surface. Le chasselas y porte le nom de Fendant, une appellation réservée à ce canton.
Le chasselas serait originaire de l'Arc lémanique, très probablement du canton de Vaud. Il marque les terroirs de La Côte, de Lavaux et du Chablais. Les vignerons suisses le cultivent selon leurs traditions locales, comme en témoigne notre sélection de vins de chasselas. Dans les Trois-Lacs, le pinot noir et le chasselas occupent une place importante. Au Tessin, près de 80 % du vignoble est planté de merlot.
Appellations et cadre viticole suisse
Selon Swiss Wine, Genève introduit en 1988 le premier système suisse d'appellations d'origine contrôlée viticoles. Les autres cantons créent ensuite leurs propres AOC. Une AOC identifie l'origine d'un vin et encadre sa production.
Les cépages résistants gagnent aussi du terrain. Selon les données 2025 de l'Office fédéral de l'agriculture, ils couvraient 609 hectares en Suisse. Depuis le 1er janvier 2023, la Confédération accorde une aide à leur plantation. Leur culture ne supprime cependant pas forcément tout traitement.
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Foire aux questions
Les plus anciennes traces chimiques de vin, notamment des tartrates, datent d'environ 6000–5800 av. J.-C. Elles proviennent de jarres retrouvées à Gadachrili Gora et à Shulaveris Gora, dans l'actuelle Géorgie. Une étude publiée en 2025 montre que de l'eau contenant des raisins secs peut fermenter spontanément. Ce mécanisme rend une origine ancienne plausible, sans prouver que les premiers vins étaient produits de cette façon.
Non. Les effervescents de Champagne sont le fruit d'une évolution collective. Leur production volontaire se développe entre 1670 et 1720. Le bouchon de liège est mentionné en 1685, puis une bouteille plus épaisse apparaît vers 1770.
Ce pépin est génétiquement identique au pinot noir moderne étudié, ce qui prouve que le cépage existe depuis au moins le Moyen Âge. En revanche, cela ne signifie pas que chaque vigne actuelle descende directement de ce pépin. Le bouturage et le marcottage permettent de reproduire une variété à l'identique, et le greffage l'associe à un porte-greffe adapté.